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J’AI INTERVIEWÉ UN GARS’PILLEUR, RIEN NE LUI ECHAPPE

Opinions

J’AI INTERVIEWÉ UN GARS’PILLEUR, RIEN NE LUI ECHAPPE

Carl et ses potes ont réussi à se mettre à dos le monstre de l’industrie agroalimentaire en quelques mois seulement. Ils en ont aucunement peur, en fait ça les amuse même, et nous aussi !
C’est tout simplement en fouillant les poubelles que les « Gars’pilleurs » ont attiré l’attention de tous mais aussi l’aversion des grandes distributions. Ils ont même réussi à nous faire sentir comme les enfants pourris-gâtés occidentaux que nous sommes, c’est fort !
Mais après tout, les enfants tiennent leurs mauvaises habitudes de leurs parents, non ? Ici les parents seraient donc… les géants alimentaires ! Ces mêmes géants qui nous font avancer dans leur monde pré-mâché de la surconsommation et du toujours plus ! Mais les enfants grandissent et deviennent en âge de réfléchir par eux-mêmes, nous en sommes donc exactement là.
Ce genre de mouvement alternatif comme les Gars’pilleurs nous aide à grandir et à prendre conscience du monde en détresse dans lequel nous vivons. Les Gars’pilleurs veulent ouvrir les yeux des citoyens en étalant au grand jour l’ampleur du gaspillage alimentaire dont nous sommes tous complices. Depuis maintenant deux ans, ils organisent des sorties nocturnes qui rallient chaque soir un peu plus de monde. L’objectif de ces sorties est simple : fouiller les poubelles de grands supermarchés et y récupérer tout ce qui est comestible.

« Les Gars’pilleurs veulent ouvrir les yeux des citoyens en étalant au grand jour l’ampleur du gaspillage alimentaire dont nous sommes tous complices. »

Les résultats sont ahurissants et peuvent se chiffrer par centaines de kilos de denrées comestibles pour une seule grande surface. Témoins aux premières loges de ce gaspillage de grande ampleur, ces glaneurs de poubelles veulent interpeller le public et le sensibiliser face à ce gâchis dont nous sommes tous acteurs. Dans l’humour et la sympathie, ils n’hésitent pas à redistribuer dès le lendemain leur précieux butin aux passants des grandes villes.
Plus de 16 000 personnes suivent leur page Facebook, et pour cause : jamais à court d’ inspiration, cette bande hors du commun attise la curiosité des médias et des citoyens. Carl a accepté de répondre à l’Impétueux et de nous éclairer sur ce mouvement, nous qui sommes très friands de ce genre d’initiative.

« J’ai lancé le mouvement avec un ami, on était deux mecs à la base, ce qui explique le jeux de mot dans le nom. Tout s’est fait un peu par hasard, ça faisait déjà quelques années qu’on récupérait des invendus et des invendables auprès des marchés, des boulangeries, puis est venu le temps de la grande distribution…et la grande distribution, c’est juste énorme !
Quand on est tombé sur 130 kilos de nourriture à plusieurs reprises, on a constaté que nos estomacs n’étaient pas capables de les contenir en si peu de temps, donc on s’est dit qu’on allait les redonner. »
La première distribution sauvage a eu lieu à Lyon, à côté du plus grand centre commercial d’Europe : Lyon La Part-Dieu. « On a distribué tout ça complètement à l’arrache, on venait d’imprimer des tracts le jour même à l’université, c’était du grand n’importe quoi mais on l’a fait avec le cœur et les tripes et ça a vraiment bien marché. En deux heures tout était parti. Alors on a créé une page Facebook et un blog, ça nous a encouragé à continuer nos actions régulièrement. On a également organisé des grands jeux et des chasses aux trésors dans la ville de Lyon. »

« Quand on est tombé sur 130 kilos de nourriture à plusieurs reprises, on a constaté que nos estomacs n’étaient pas capables de les contenir en si peu de temps, donc on s’est dit qu’on allait les redonner. »

Toujours avec beaucoup d’humour, les Gars’pilleurs choisissent de montrer ce qu’ils nomment une « catastrophe », par le pouvoir de la dérision et de la simplicité.
« Ce que l’on fait est illégal aux yeux de la justice, nous prenons bien conscience que donner des denrées périmées bien que comestibles, c’est interdit. Mais depuis deux ans, nous n’avons jamais eu de problèmes par rapport à ça, pas une seule intoxication.
On ne s’est jamais fait prendre par la grande distribution, bien que l’on doit surveillé: les renseignements généraux sont venus nous rendre visite très discrètement et nos téléphones ont été mis sur écoute. »
Le mouvement a suscité un fort engouement sur les réseaux sociaux mais aussi chez les médias toujours plus nombreux à s’y intéresser.

« Les renseignements généraux sont venus nous rendre visite très discrètement et nos téléphones ont été mis sur écoute. »

C’est à ce moment-là que Carl et sa petite équipe ont eu une idée géniale : organiser un «  Gaspi’tour ». Un tour de France de deux mois – novembre et décembre – afin de partager avec le public leur passion pour les récupérations et pour les distributions d’aliments. Mais c’est aussi le moyen de donner à tous le pouvoir d’alerter son prochain sur les aberrations de l’agroalimentaire et de parler d’alternatives concrètes. Près de 6 tonnes de denrées ont été récupérées durant ce tour de France.

« J’ai lancé le mouvement avec un ami, on était deux mecs à la base, ce qui explique le jeux de mot dans le nom. Tout s’est fait un peu par hasard, ça faisait déjà quelques années qu’on récupérait des invendus et des invendables auprès des marchés, des boulangeries, puis est venu le temps de la grande distribution…et la grande distribution, c’est juste énorme !
Quand on est tombé sur 130 kilos de nourriture à plusieurs reprises, on a constaté que nos estomacs n’étaient pas capables de les contenir en si peu de temps, donc on s’est dit qu’on allait les redonner. »
La première distribution sauvage a eu lieu à Lyon, à côté du plus grand centre commercial d’Europe : Lyon La Part-Dieu. « On a distribué tout ça complètement à l’arrache, on venait d’imprimer des tracts le jour même à l’université, c’était du grand n’importe quoi mais on l’a fait avec le cœur et les tripes et ça a vraiment bien marché. En deux heures tout était parti. Alors on a créé une page Facebook et un blog, ça nous a encouragé à continuer nos actions régulièrement. On a également organisé des grands jeux et des chasses aux trésors dans la ville de Lyon. »

« Quand on est tombé sur 130 kilos de nourriture à plusieurs reprises, on a constaté que nos estomacs n’étaient pas capables de les contenir en si peu de temps, donc on s’est dit qu’on allait les redonner. »

« Le Gaspi’tour a super bien marché, ça a permis aux personnes qui n’osent pas franchir le cap des barbelés et des portails des supermarchés de le faire avec nous. C’est la peur et c’est normal, mais avec la peur tu ne peux rien faire, ça paralyse ton corps, ton esprit et c’est foutu. Alors ces personnes sont venues avec nous pour s’exercer et ça leur a permis de se rencontrer entre eux. »
Carl veut encourager les personnes rencontrées à monter leurs propres antennes de membres actifs dans leurs villes et à les faire fonctionner de façon indépendante.
Je lui demande alors à quoi ressemble une sortie type de Gars’pilleurs :
« Tout se passe dans un premier temps sur internet, on fixe le lieu de rendez-vous 48 ou 72 heures à l’avance sur notre page Facebook et sur notre site internet. Souvent c’est à 21 heures sur une place quelconque de la ville que l’on se rencontre. On fait des équipes et on part en voiture dans les agglomérations, toujours munis de lampe frontale, de gants et de cabas. Le mot d’ordre est la discrétion alors l’idéal c’est de porter des vêtements sobres qui ne craignent rien car il ne faut pas se faire repérer par qui que ce soit ! »

« Nous ne dégradons rien et laissons l’endroit aussi propre que lorsqu’on est arrivé. Nous récupérons tout ce qui est comestible, c’est à dire 95 % de ce qui se trouve dans les poubelles car tout y est jeté le jour même. On sait que les denrées sont encore comestibles même si elles sont indiquées comme étant périmées, il existe une sacré marge entre ce qui est marqué sur le produit et ce qu’il en est vraiment. »
Dès le lendemain, l’équipe se retrouve sur une place connue en centre-ville pour étaler leur butin aux yeux de tous, mais surtout le redistribuer à qui veux. C’est un moyen efficace d’éveiller la curiosité des passants, peu accoutumés à se faire offrir de la nourriture sans aucune contrepartie !
« Au début, les gens ne comprennent pas vraiment, ils voient juste un amas de nourriture sur une table, avec notre logo et quelques flyers. Pour nous, le but du jeu c’est de saisir le premier passant qui nous passe sous les yeux et de lui expliquer notre démarche de A à Z, tout simplement – Voilà, on a récupéré 250 kilos de nourriture dans les poubelles de supermarché, tout est comestible, allez-y c’est gratuit – et des slogans accrocheurs du style – une banane offerte, la 2ème est gratuite ! – toujours dans l’humour !
Nous ne ciblons pas de personnes en particulier, c’est vraiment tout le monde. Nous sommes tous nés sur cette planète, nous sommes responsables de notre vie et du modèle sociétale que l’on veut voir sous nos yeux. C’est donc à nous tous d’agir pour inverser la balance, c’est aussi pour ça qu’on change de lieu à chaque fois, pour toucher toutes classes sociales. »

« Voilà, on a récupéré 250 kilos de nourriture dans les poubelles de supermarché, tout est comestible, allez-y c’est gratuit! »

On dit très souvent à Carl et ses amis qu’ils feraient mieux de redistribuer toute cette nourriture aux plus démunis. Mais ce n’est pas leur objectif, les personnes qui vivent dans la rue connaissent ces systèmes D depuis longtemps et n’ont pas besoin d’eux. Ce qu’ils veulent, c’est provoquer chez les citoyens un éclair de lucidité qui les mène à remettre en question leurs habitudes et à porter un regard neuf sur notre monde et sur notre manière de consommer.

« Nous sommes dans la sixième extinction massive orchestrée par qui ?! l’homosapiens ! Bonne année ! Dans cette indifférence totale, l’employé de supermarché met la valeur de son salaire par jour dans les poubelles. On a totalement substitué nos sens, notamment la vue, l’odorat et le goût et pour savoir si un produit est comestible, on est censé s’en servir à la base. Nous partons du problème du gaspillage alimentaire mais le modèle politique et économique repose exactement sur ces mêmes règles. Tout est lié. »
Les Gars’pilleurs ne sont jamais à court d’idées et travaillent actuellement à la réalisation d’un film documentaire pour une chaîne nationale. Le documentaire regroupera des interviews de personnes de professions variées qui dévoileront l’envers du décor de la grande distribution et l’existence de systèmes bien plus justes et soutenables.
« À travers ce film documentaire, on aimerait déconstruire ce modèle sociétal dominant. On donne la parole à ceux qui sont sur le terrain et qui mettent en place depuis longtemps des alternatives dont les médias traditionnels ne parlent pas. On est en plein tournage et ça sortira normalement en début 2016. »
La petite équipe voit les choses en grand et il y a de quoi! Mais je me demande comment réussissent-ils à gérer autant de choses en parallèle ? Tout cela demande énormément de temps mais également beaucoup d’argent !

« À travers ce film documentaire, on aimerait déconstruire ce modèle sociétal dominant. »

 

« Nous ne sommes pas nombreux, et nous avons une surcharge de travail incommensurable, c’est très dur de suivre. On ne peut pas donner notre temps, notre âme et en plus notre thune dans ce mouvement, sachant qu’on est tous bénévoles, alors on appelle les citoyens à nous aider via des cagnottes ou le projet de financement collaboratif. Ça chiffre très vite, les frais kilométriques, les réparations etc. Donc là, on refait un appel aux dons car on est dans le rouge, et c’est pas bon ! »
Le mouvement des Gars’pilleurs, c’est aussi une belle leçon de vie, à trois ou 10 000, avec de la passion et de la volonté on peut tout faire et s’élever très haut.
« Il ne faut pas douter de ses propres capacités, nous n’avons pas idée à échelle individuelle de tout ce dont on est capable de faire, vraiment ! Quand tu as trouvé ta voie, ta passion, ta mission, appelle-ça comme tu veux, tu peux décupler ta puissance par 20 000 ! Tu peux aller dans des hautes fréquences et c’est super stimulant. »
Alors lancez-vous, soyez Gars’pillleurs, soyez Impulsifs !
Le site des Gas’pilleurs
Le facebook des Gars’pilleurs

 

-Ecrit par Claire Guérin

Impulsive by MC
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