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J’AI INTERVIEWE UN ARTISTE OCCIDENTAL AUX PRATIQUES MARTIALES

Récit de vie

J’AI INTERVIEWE UN ARTISTE OCCIDENTAL AUX PRATIQUES MARTIALES

Yon Costes est un peintre performeur français qui donne une impulsion nouvelle au domaine de l’art notamment en cherchant les points communs entre les cultures, en particulier entre la culture asiatique et la culture occidentale. Attentif depuis très jeune à la pratique de l’art martial ainsi qu’à celle des arts plastiques, il a su conjuguer ces deux compétences à première vue très distinctes en une invitation harmonieuse au voyage et au partage de connaissances nouvelles.

Ses œuvres et ses performances sont une initiation au partage des cultures, des savoirs et des disciplines. Si son approche reste occidentale, les arts martiaux et la calligraphie occupent une place très importante dans ses œuvres. Yon Costes a très vite compris que consacrer sa vie à l’art et faire vivre son travail avec passion nécessite un engagement moral mais également physique :

« J’utilise des techniques qui viennent d’ailleurs pour transposer des méthodes issues d’une disciplines vers une autre et pour faire cela correctement, je dois modifier mon mode de vie. Je bascule intellectuellement d’un secteur à l’autre pour ne pas devenir un consommateur de ma propre vie. Lorsque l’on travail sur des techniques qui relèvent de notre corps et d’une philosophie qui n’est pas issue de notre culture, il faut savoir se remettre en cause et prendre du recul. Ce qui fait la nuance artistique entre l’art moderne et contemporain, c’est la posture : quelle position prendre face à l’innovation en tant qu’artiste dans ce circuit là. Et donc moi, le premier outil que la nature m’a fournit c’est mon corps. » Ses premières œuvres en particulier retranscrivent la transmission de l’énergie du mouvement donné par l’artiste. Cette notion de relation avec le corps est très importante et présente depuis le début pour Yon.  

« J’utilise des techniques qui viennent d’ailleurs pour transposer des méthodes issues d’une disciplines vers une autre, et pour faire cela correctement, je dois modifier mon mode de vie. »

Avant de maîtriser les techniques de ces différents arts plastiques et martiaux, Yon Costes s’est construit un véritable parcours initiatique, passant par un apprentissage approfondi de la pratique mais aussi de la théorie. « Quand on est petit et qu’on habite en campagne, on s’ennuie et le dessin est vite apparu comme étant un passe temps dans lequel je me plongeais facilement. Mes parents ont été plutôt alertes et m’ont inscrits rapidement à des cours de dessin à l’âge de 6 ans. Puis arrivé à l’âge de 8 ans et demi, parallèlement, je cherchais à faire du sport. Seulement le foot ne me convenait pas du tout, le tennis non plus, la danse non plus… »

C’est alors que le père de Yon l’emmène dans un club de Qwan Ki Do, sport pour lequel il se passionne. Plus tard durant ses années lycée il deviendra même 3 ème champion de France en équipe.  Compétant dans le domaine des arts plastiques, Yon poursuit ses études dans un lycée spécialisé en art plastique et continu également à pratiquer le Qwan Ki Do.

« Je vais à la faculté d’arts plastiques de Rennes et suis un peu désorienté car je m’y ennuie :  j’étais très bien préparé par mes années lycées. Alors durant cette période, je me suis questionné sur ma pratique martiale et j’ai lu énormément de livres, les livres fondateurs de la pensées chinoise, japonaise, martiale. Puis je découvre un jour le travail de Fabienne Verdier et c’est la révélation : une occidentale s’autorise à travailler des œuvres de type orientales invitant à une liberté de ton qui n’enlève en rien une authentique qualité. Je décide alors de me pencher là-dessus
Toutes ses lectures m’apprennent à vivre de façon autonome artistiquement et à réfléchir sur mes pratiques. Ma pratique martiale faisait ma particularité par rapport aux autres étudiants alors j’ai décidé de réunir pratique martiale et pratique artistique. »

Yon va pour cela pratiquer les arts martiaux intensément : il s’inspire de la pensées chinoise et japonaise dans lesquelles il existe cinq grands éléments. Artiste assidu et passionné, il décide de pratiquer cinq arts martiaux et d’ y attribuer à chacun un élément, ce durant 3 ans. «  Il y a un  roman qui m’a beaucoup marqué, c’est La pierre et le sabre dans lequel le héro, Miyamoto Musashi, définit l’entraînementd’une vie : mille jour pour forger, dix milles pour polir.  »

« En 2004, l’année de ma maîtrise, j’ai bien conscience qu’à la faculté, on t’apprends à être un artiste, à réfléchir sur l’art et à te positionner mais on ne t’apprends pas à t’inscrire dans le marché de l’art, concrètement : à trouver du travail. Alors je décide de monter mon premier projet professionnel : Je rencontre une jeune danseuse qui me dit que le lien que je cherche entre arts martiaux et arts plastiques, c’est la danse. Ça passe par le corps : quoi qu’il se passe on utilise son corps. Maîtriser son corps, le travailler c’est peut être une façon de s’améliorer techniquement. Nous montons  une compagnie appeléeHanatsu, un collectif d’artistes qui réunit danse contemporaine, arts martiaux, musique et arts plastiques que je dirige pendant 4 ans. »

« Je rencontre une jeune danseuse qui me dit que le lien que je cherche entre art martiaux et arts plastiques, c’est la danse. »

Par la suite, Yon signe un contrat avec Jaff Raji, un maître d’art martial japonais reconnu internationalement et produit alors un livre sur son école et sur son art. Il enchaîne en même temps les petits boulots afin de continuer à financer Hanatsu. Puis il quitte Rennes pour aller s’installer dans un atelier d’artiste à Lille et en 2008. Hanatsu miroir se monte parallèlement à Strasbourg et Yon en devient le performeur régulier. «  Entre 2010 et 2015 j’ai élargi mon réseau à Lille, Bruxelles, Strasbourg. Tourné vers l’étranger grâce à Hanatsu miroir, j’ai pu crédibiliser mon travail et proposer mon travail de plasticien à l’extérieur de la France également. »

Au fil de ses expositions, Yon s’est aperçu que ses œuvres étaient parfois considérées à tord comme étant exotiques, l’esthétique et les sujets étant portés sur une culture qui n’était pas la sienne. «  Ça m’a beaucoup été reproché, on me disait :  – oui on a déjà vu ça, c’est bon -. Ce que je fabriquais n’était pas suffisamment clair pour que cela invite à aller au delà des stéréotypes que mes œuvres possédaient et c’est certain qu’elles dégagent des idées préconçues, j’en avais conscience et je me suis remis en question. » 

Être artiste nécessite d’être en perpétuel évolution, c’est un intense travail de recherche personnelle mais aussi intellectuelle. Il ne suffit pas de fournir un travail, de trouver une technique et de s’en contenter. En s’interrogeant sur les différentes manières de transmettre des valeurs, des savoirs et d’allier différents univers aussi bien culturels que matériels, l’artiste est en constant mouvement.

«  Récemment j’ai trouvé une nouvelle technique où j’ai repris le matériel occidental : un crayon et une feuille. Mais finalement je fais la même chose : des lignes à partir de mes mouvements. En superposant des milliers de lignes, ça forme un dessin. Pour inviter à mettre en action le corps et cette fois pas seulement le mien, je demande au spectateur de l’effacer, tel un Mandala. Des traces résultent donc du dessin effacé et c’est très fin, c’est assez poétique. Je fais toujours la même chose, sauf que j’ai transposé mes idées et mes inspirations d’origines asiatiques entre la gestion du corps et la composition esthétique. Je permute donc le matériel et le support dans le cadre occidental. »

« Être artiste nécessite d’être en perpétuel évolution, c’est un intense travail de recherche personnelle mais aussi intellectuelle. »

Victor Vergne

Yon Costes s’imprègne physiquement, artistiquement mais aussi intellectuellement de l’univers asiatique qui le passionne depuis tout petit. En s’identifiant à la philosophie asiatique, il cherche par son travail à transmettre des valeurs mais aussi à donner au spectateur de nouveaux outils de réflexions d’origines non occidentales et vers lesquelles il n’irait pas instinctivement. Si son univers esthétique est d’origine asiatique il choisi de garder un support occidental, plus apprécié de son public. 
Le savoir martial va au delà du domaine artistique pour lui, c’est une véritable école de vie sur laquelle nous devons nous inspirer.

« J’ai pensé que si l’on utilisait le savoir martial pour en faire une école de vie ça voudrait dire que concrètement, on transformerait un combat en un dialogue. C’est ça qu’il se passe entre deux bons combattants, c’est un dialogue technique, un peu comme des échecs mais appliqué au corps. Alors s’ils peuvent dialoguer jusque dans le combat, nous pouvons transformer le rapport que nous occidentaux avons avec la violence. C’est à dire qu’il y a des tas de choses sur lesquelles nous fermons les yeux par idéologie ou par histoire. Nous vivons des vies très confortables et dès lors que c’est brutal c’est tout de suite relégué au rang de barbarisme. Nous les occidentaux, sommes foncièrement des intellectuels et tout ce qui ressort du sport ou de l’engagement physique n’est pas lié au rapport intellectuel. La grande différence entre l’Europe et l’Asie c’est la gestion et le rapport que l’on entretien avec notre corps. »

« C’est ça qu’il se passe entre deux bons combattants, c’est un dialogue technique, un peu comme des échecs mais appliqué au corps. »

Yon travaille donc sur la question de frontière, qui lui est chère. Il se penche sur la notion de frontière culturelle, esthétique et sociétale. « Je suis favorable à ce que les frontières existent, notre rêve occidental est d’effacer les frontières et de vivre dans un grand monde libre et total sur le plan culturel mais c’est surtout sur le plan financier que c’est effectif. Or, c’est un privilège d’occidental que de penser comme cela car nous sommes les seuls à avoir les passeports qui nous le permettent. C’est aussi la traduction de notre aveuglement sur le monde. Il n’y a jamais eu autant de guerres qu’aujourd’hui et que sur la notion des frontières.  Il y a partout des guerres sur le rapport du territoire, qu’il soit géographique, religieux ou intellectuel.
Pour moi, la question de la frontière ne se pose pas comme étant une problématique à éliminer, mais davantage à accepter. L’autre n’est pas forcément un étranger, et l’étranger n’est pas forcement un loup. Artistiquement, mon propos va être de pointer les erreurs de ces perceptions et de ces fantasmes culturels. C’est le boulot des artistes de montrer cela mais il faut faire attention : si je me positionne comme rapporteur d’un héritage assez noir, si je m’y spécialise je ne vais pas vraiment travailler sur les relations qui sont possibles mais plutôt sur les relations qui ont eu lieu et ça devient stérile. »

Le travail de l’artiste se trouve ici : il faut aller de l’avant, ne pas oublier mais sans pour autant pointer du doigt, c’est-à-dire qu’il faut composer avec. Ainsi la question est d’avantage de savoir ce que l’on fait maintenant pour démontrer que le temps de ces absurdités est révolu.

 

Yon va pour cela pratiquer les arts martiaux intensément : il s’inspire de la pensées chinoise et japonaise dans lesquelles il existe cinq grands éléments. Artiste assidu et passionné, il décide de pratiquer cinq arts martiaux et d’ y attribuer à chacun un élément, ce durant 3 ans. «  Il y a un  roman qui m’a beaucoup marqué, c’est La pierre et le sabre dans lequel le héro, Miyamoto Musashi, définit l’entraînementd’une vie : mille jour pour forger, dix milles pour polir.  »

« En 2004, l’année de ma maîtrise, j’ai bien conscience qu’à la faculté, on t’apprends à être un artiste, à réfléchir sur l’art et à te positionner mais on ne t’apprends pas à t’inscrire dans le marché de l’art, concrètement : à trouver du travail. Alors je décide de monter mon premier projet professionnel : Je rencontre une jeune danseuse qui me dit que le lien que je cherche entre arts martiaux et arts plastiques, c’est la danse. Ça passe par le corps : quoi qu’il se passe on utilise son corps. Maîtriser son corps, le travailler c’est peut être une façon de s’améliorer techniquement. Nous montons  une compagnie appeléeHanatsu, un collectif d’artistes qui réunit danse contemporaine, arts martiaux, musique et arts plastiques que je dirige pendant 4 ans. »

« Je rencontre une jeune danseuse qui me dit que le lien que je cherche entre art martiaux et arts plastiques, c’est la danse. »

« Le marché de ce travail est international, et nous, les artistes, nous sommes presque les seuls à n’avoir aucun problème à franchir les frontières, à nous adapter à des cultures différentes et c’est une compétence qui est très peu exploitée sur le plan social. Nous sommes dans un monde d’image et l’image se consomme partout, son caractère d’objet n’a plus d’intérêt car ce sont les écrans qui font que l’image existe continuellement. Le statut du travail est donc défavorisé par la perception que l’on a des objets ou des images et puis il y a l’histoire, l’héritage artistique.

Mardi 5 mai s’est vendu un tableau de Vanh Gogh à 66 millions de dollars. Vanh Gogh c’est le souvenir de l’artiste maudit, le syndrome de Van Gogh c’est qu’un artiste doit souffrir beaucoup pour arriver à bosser correctement. Ce qui est totalement faux, c’est une illusion historique du statut de l’artiste. »

Yon Costes, artiste expérimente et engagé n’est jamais à court d’idées, il produit et joue d’ailleurs en ce moment dans un film de Jonathan Mandel au Studio national d’arts contemporains Le Fresnoy, grande école de cinéma, en équipe avec le danseur japonais Yutaka Nakata et le compositeur français Aleksi Aubry-Carlson . Le teaser du film ‘The Third Breath”  – le troisième souffle – est visible ici pendant qu’Hanatsu Miroir sort un DVD d’une composition de Maurillio Caccatore, “Lost In Feedback”.

 

-Ecrit par Claire Guérin

Yutaka Nakata
Impulsive by MC
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