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R.O – Il entend le son, vit sa vie et nous la raconte en musique

Récit de vie

R.O – Il entend le son, vit sa vie et nous la raconte en musique

Ca faisait longtemps, tiens ! On vous a manqué, pas vrai ?! Pour la rentrée, nous voilà en Belgique, prêts à découvrir une nouvelle histoire, une nouvelle vie, un nouveau personnage. Cette fois-ci, nous sommes à Bruxelles, dans l’antre, la tanière d’Olivier, alias R.O… ! Mais pourquoi R.O ? Serait-il…Roumain !? Ou peut-être roturier, qui sait ? C’est bon, c’est bon, j’arrête. Promis. Aller, présente-toi va. « Merci, j’suis sur scène en tant que R.O et j’te rassure, ça ne veut rien dire de tout cela. Il y a plusieurs significations, telles que Ring Ouest ici en Belgique, R0 la vitesse de diffusion d’un Virus ou bien encore mes initiales. Voilà, voilà. » Okay, c’est cool…mais la musique dans tout ça ?! Parait que t’es un passionné. Et puis pour t’avoir vu en concert, dans un étant second, de quasi transe, j’en doute pas une seconde ! « Ouais, ouais, la passion pour la musique a toujours été là. J’ai toujours aimé les sons mais tu vois, pas juste instrumentaux. Plus que ça, j’aime les sons naturels. Par exemple, lorsque j’étais plus jeune, on avait un étang et je m’amusais à écouter pendant des heures les grenouilles alors que ça faisait chier tout le monde autour de moi. Ils trouvaient ce bruit insupportable…et ce bruit c’était celui d’la baise des grenouilles en fait. J’te rassure, j’en savais rien à l’époque.

Ce fut une de mes premières expériences sonores consciente. » Je sais de quoi Olivier nous parle, je vécu trois ans à côté d’un étang… ! Bref, comme vous l’aurez compris, pour la musique, tout n’est pas qu’instrument, conservatoire et partition. D’ailleurs, R.O ne sait même pas en lire une. Sacrilège ? Du tout. Il fait tout à l’oreille, enfin presque. 

« Bon, après j’suis pas nulle part non plus. J’ai quelques bases de jazz, de structure mais j’suis plutôt du style à apprendre au fur et à mesure. Je reprenais beaucoup de solos, mais ça a radicalement changé quand j’ai découvert l’électro. Un beau jour j’suis allé faire mes premières virées en boite histoire de voir c’que ça racontait et c’est là que j’suis parti sur de la Dubstep et tous ces autres styles qui commençaient à fleurir. J’suis vraiment arrivé au bon moment, dans le creux d’la vague. J’me suis d’abord renseigné tout seul pour trouver les logiciels de création et j’ai commencé à mixer, ce qui n’est vraiment pas sorcier. Tout le monde peut l’faire. J’te l’apprends en quelques heures si tu veux. [J’suis chaud Mireille ndlr] »

« Désormais, j’utilise d’immenses bandes son qui reprennent tout ce que tu peux faire et imaginer en styles de sonorité. En soi j’peux commencer par une p’tite ligne de piano et j’imagine toute une ambiance autour. C’est hyper compliqué au début. Tu crées vraiment à partir de rien si ce n’est l’inspiration, une sensation, une rencontre, une image originelle me donnant envie d’exprimer un sentiment à travers le son. » Toute musique chez lui ne sera que le résultat d’un enchainement d’évènements. Quelques souvenirs mis sur bande son pour immortaliser ses moments de vie aussi beaux qu’éphémères. Puis la vie, même vécue, n’est jamais claire, limpide. On n’sait pas par où commencer, ni par où terminer…Eh bien pour R.O, c’est pareil.  « Souvent j’ai une idée abstraite de ce que je ferai. Je créé des espèces de concepts puis développe autour. Le tout commence à se dessiner mais jusque très longtemps dans l’avancement du travail, l’idée reste floue. Je me laisse surprendre en faisant des accidents, commettant des erreurs et parfois ça donne des trucs géniaux. C’est une alchimie tellement complexe. Par exemple, pour Lotus le titre vient de l’intérêt que je porte à la culture japonaise. Du coup, ça se rapproche de l’asbstract hip hop japonais, avec des cartoons et des p’tits sons mignons. Ou encore Friends Part II que j’ai composé pour mes amis . Dessus tu sentiras l’influence Daft Punk, c’est sûr. » 

Oliv’ ne se cantonne pas à un style particulier. Surtout pas, il évite les étiquettes pour mieux y échapper. « Lorsque tu me demandes dans quel style de musique je m’inscris, je ne peux pas te répondre… Je crée mon truc, voilà tout. Mets-y le nom que tu voudras mais ça ne fera que réduire ce que j’ai créé. » Puis merde, les étiquettes il y en de partout. Derrière une étiquette, chacun met et voit ce qu’il veut… « Ouais, c’est ça ! Et les genres sont tellement métissés, mélangés, abâtardis, que je préfère m’identifier à des artistes que j’admire que de me ranger derrière un intitulé. » Libre de faire ce qu’il est, et d’être ce qu’il fait, tel est le pari de notre jeune créateur de son, que ce soit chez lui tout seul, ou en soirée devant un auditoire. Et qu’est-ce que c’est dur de parler à un public, surtout lorsque tu en connais les bigarrures : de l’acharné du caisson en quête de violence, en passant par le Kévin venu pécho, jusqu’au fin connaisseur là pour prendre son pied….Bonne chance !

« Yes, carrément. Voilà pourquoi j’essaie de garder une cohérence entre qui a été produit et ce qui va l’être, afin de préserver les spectateurs. C’est important. Je ne travestis pas non plus ce que je fais, j’adapte seulement mon panel bien personnel. J’passe du chill au lourd, au funky selon l’ambiance, le ressenti du moment, tout en restant dans mon registre. La dernière fois j’arrivais derrière DOP DOD et ça ne m’a pas empêché de faire ce que je voulais. » De toute manière, les gens ne viennent pas réécouter pour voir autre chose que toi, sinon ils ne restent pas bien longtemps.  « Voilà, c’est ce qui est hyper important et certains ne le comprennent pas toujours. En soi, t’écoute et tu essaies de comprendre où j’veux t’emmener, et si t’aimes pas, attends gentiment que le mec après moi balance quelque chose qui te parle plus…! »

N’empêche, pour transporter des gens, il faut avoir une base solide, personnelle comme extérieure. Rester dans son intimité tout en étant capable d’y accueillir toujours plus de monde. En passant, sa côte de popularité, si je puis me permettre le terme, a grimpé après une tournée en Australie. Ce fut un tremplin radical. « Complètement. C’était ma première sortie sur un label international en fait, Adapted Records. Le directeur m’a accueilli chez lui, à Melbourne. Il a vraiment tout préparé pour moi : avions, taxis, enfin tout le nécessaire pour que je sois en condition optimale pour jouer détendu. C’était all in mon gars. J’suis resté un p’tit temps chez ce mec qui avait une magnifique maison. On a fait la teuf tous les soirs. Le mec c’est un kiffeur de musique, il a quand même le plus gros label australien mais pas prise de tête du tout. Il avait beau avoir 35 piges, être bien avancé dans la vie, on avait une relation très équilibrée. On est devenus très pote et il a su gérer le rôle de père quand j’en avais besoin : un chouette type, vraiment.

 

En plus, avant chaque concert le mec me filait la moitié du cachet du coup j’arrivais chaque fois sur place avec de quoi me mettre bien. Puis tu vois, dès que changeais de ville pour jouer, l’organisateur de la soirée s’occupait de moi pendant quelques jours. Du coup j’ai rencontré plein de têtes différentes. Je vivais chez les gens, c’était du pur bonheur cette tournée. T’es accueilli, tu causes, tu visites des studios, c’est humain bordel. D’ailleurs, j’ai pu rencontrer des artistes que j’écoutais depuis un bail, comme Mr Bill chez qui je suis resté quatre jours alors que c’était mon héros quoi ! Ma tournée s’est transformée en deux ans de road trip. Ça m’a forgé, complètement. J’vais d’ailleurs repartir en tournée là-bas incessamment sous peu. »

 

Puis les concerts, le public là-bas, c’est tout un autre monde, j’me trompe ? « Du tout ! La plupart du temps c’est dehors, au milieu de forêts ou sur la plage. Une grande partie de ces fêtes sont à moitié légales, tolérées dira-t-on. Les flics parviennent de temps à temps à faire couper le son mais ils se débrouillent pour organiser ce qu’ils appellent des « bush party », au fin fond d’endroits perdus pour ne pas être repérables. C’était vraiment comme un film mec. Au bout de 4h de caisse, on rentre dans cette forêt, toute sombre, avec des panneaux à l’arrache et tout à coup tu vois une immense scène installée là, juste devant toi. En fait, ils s’organisent autour de collectifs autogérés, y’a une vraie culture d’la teuf, du non emploi. La majorité ne travaille pas, ils se démerdent pour vivre comme ils le désirent, sur la route. Y’a carrément un côté anar’, c’est une belle génération. Ils sont hyper réceptifs, les voir danser c’est quelque chose, ils kiffent vraiment, tu le sens. »

 

Et toi là-bas, qu’étais tu ? DJ ? Belge ? Etranger ? « Ben déjà, pas DJ. Ce n’est même pas ce que je fais sur scène. Y’a du mix bien sûr, mais les grosses parties sont le remix et le live. Je me dirais producteur de musique au niveau international : c’est un bon compromis je pense. J’suis bien plus international que Belge dans le public que je touche. J’ai beaucoup d’écoutes en France. J’ai même fait la première partie de Pretty Lights à Paris au Moulin Rouge. C’était exceptionnel ! J’ai été au Bateau Fard je ne sais pas combien de fois, la Maroquinerie, tous ces lieux… Après j’aimerais toucher plus encore le sud parce qu’il y a vraiment tout ce côté Montpellier, Lyon & Toulouse etc… Ils écoutent déjà de la Glitch Hop et tout ce qui gravite autour. Ils kifferont, c’est sûr. » Sudistes amateur de gros son, croyez-moi, vous ne serez pas épargnés !

Bon, maintenant que le côté musique, soirée, vie d’artiste a été abordé, penchons-nous sur le son, cette passion, ce langage obsédant, universel, qu’Olivier entend et ressent à l’instar d’une langue maternelle, primaire, nous irons jusqu’à dire, naturelle. C’est bien plus que de la simple production musicale. La palette de production, au sens artisanal du terme, est incommensurable. La preuve en son et en image. 

Décris-nous un peu le concept ! « Tout simple. On s’est fait une bande son pour illustrer en musique la vidéo publicitaire d’un restaurant. Comment ?! Avec un pote, on est allé dans un magasin, après la fermeture, pour enregistrer tous les sons que peuvent rendre les jouets. Tempo de départ, montage d’images par-dessus, puis nous avons imaginé un son qui correspondrait à l’aliment, au plat qu’il y avait sur l’image de manière très précise et consciencieuse. En deux jours c’était bouclé. »  Voilà. Nous comprenons mieux le passage sur les grenouilles. RO fonctionne ainsi : le son est un langage porteur de messages qu’il nous retranscrit en musique. C’est ainsi qu’il nous parle. A travers un autre sens stimulé de manière intelligente, il parvient même à nous mettre en appétit. C’est quand même génial non ?! Essayer de caresser l’oreille, c’est tout un art, une expérimentation à laquelle il s’adonne quotidiennement.

« Dans mes prods tu entendras des sons naturels, des bruits de la vie de tous les jours : un stylo qui tombe, un verre qui se brise, un papier froissé. J’ai toujours enregistré mes sons pour les balancer dans mes tracks. Ça peut vraiment être tout et n’importe quoi. Et parfois, quand j’me balade en rue, je choppe des sons qui font directement des notes justes pour structurer un morceau. C’est le cas pour les moteurs, comme 20 syl et son morceau à partir de bruits produits sur un court de tennis. C’est en passant, un des gars qui m’inspire le plus en ce moment. Je pioche beaucoup de mes éléments dans l’abstract hip hop, c’est vraiment le style du futur pour moi. Le style le plus complet, le plus complexe et qui offre le plus. » Difficile à définir tout ça ! Allez écouter Mr Carmack sa plus grande inspiration, dans la vie comme dans la musique. Voici ce qu’il en retient : «  Fais ton truc et si ça ne marche pas c’est que tu dois encore taffer dessus, mais ne t’oublie jamais, car le gens ne veulent entendre ou voir que ce tu es. Rien d’autre. »

Nous finirons cette entrevue sur une pensée, une brève réflexion : justesse avec soi-même rime avec justice envers les autres et inversement. C’est très personnel, mais c’est, sans aucun doute, la leçon que nous pouvons tirer de la démarche sincère et authentique d’Olivier. Il ne peut y avoir séparation entre orthodoxie et orthopraxie. Derrière ces mots compliqués se cache une idée très simple : ce que l’on est, c’est ce que l’on dit ; et ce que l’on dit, c’est ce que l’on fait. Chantez-le, criez-le, pleurez-le, écrivez-le…j’en sais foutrement rien moi, mais faites-le, soyez-vous-même. Aller, Méditez-bien. A très vite !

 

 

-écrit par Jules Calcet

Impulsive by MC
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