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Après trois masters, Gaël a tout claqué pour prendre le temps.

Récit de vie

Après trois masters, Gaël a tout claqué pour prendre le temps.

Gaël fait partie de cette génération d’aventuriers sans peurs et sans reproches. Nulles craintes lorsqu’il s’agit de partir dans des contrées reculées avec pour seuls compagnons : une caméra, un carnet, une paire de basket et un amour infini de la découverte. Oh, et d’un crayon aussi.

« Du plus loin que je me souvienne, voyager seul fut la source d’un plaisir incommensurable. Au début, les voyages familiaux finissaient en escapade solitaire. Ainsi mes parents étaient rassurés, puis à moi les nouvelles contrées. Mais je n’aurais jamais imaginé en faire un jour mon métier, si tu vois ce que je veux dire. J’étais plutôt destiné à l’enseignement. Après trois masters, un de littérature française, un d’histoire de l’art et enfin un de philosophie, j’ai commencé à enseigner. Enfin plutôt pendant. Mes études à rallonge commençaient à devenir un peu cher. Et puis, le jour où ils ont décidé de m’engager, je me suis vu dans 40 ans en train de faire toujours le même métier, dans cette même salle de cours, dans le même lieu, avec les mêmes personnes et j’ai eu la frousse de ma vie.
Le lendemain, je prenais un aller simple pour l’Ethiopie.»

Sans formation de journaliste en poche, il va néanmoins proposer ses services aux différents médias suisses. Leur réponse fut claire : « si c’est bon on publie, sinon, et bien tant pis pour vous. » Ainsi commencèrent ses aventures au cœur des métiers de partage, il avait 24 ans. En tant que journaliste d’abord -formation oblige-   sa passion pour l’écriture, l’art et la photo le menèrent ensuite vers le métier de réalisateur.

Je le revois, debout, sur l’estrade de la salle de cinéma pendant la projection de Sâdhu. Un chemisier en lin, un pantalon kaki et une paire de baskets usées. Vêtu à la «  Indiana Jones », le chapeau et le lasso en moins. Tenue restée gravée dans mon esprit en tous cas, sans doute par l’aura de paix émanant de ce corps. Un aventurier. Mais attention ! Friand d’un type bien particulier d’aventure : celle qui vous transporte corps et âme loin de la pollution parisienne. En parlant d’âme, la sienne est assez bien belle pour partir comme cela, 18 mois à la découverte d’un sage indien.

« Du plus loin que je me souvienne, voyager seul fut la source d’un plaisir incommensurable. Au début, les voyages familiaux finissaient en escapade solitaire. Ainsi mes parents étaient rassurés, puis à moi les nouvelles contrées. Mais je n’aurais jamais imaginé en faire un jour mon métier, si tu vois ce que je veux dire. J’étais plutôt destiné à l’enseignement. Après trois masters, un de littérature française, un d’histoire de l’art et enfin un de philosophie, j’ai commencé à enseigner. Enfin plutôt pendant. Mes études à rallonge commençaient à devenir un peu cher. Et puis, le jour où ils ont décidé de m’engager, je me suis vu dans 40 ans en train de faire toujours le même métier, dans cette même salle de cours, dans le même lieu, avec les mêmes personnes et j’ai eu la frousse de ma vie.
Le lendemain, je prenais un aller simple pour l’Ethiopie.»

Sans formation de journaliste en poche, il va néanmoins proposer ses services aux différents médias suisses. Leur réponse fut claire : « si c’est bon on publie, sinon, et bien tant pis pour vous. » Ainsi commencèrent ses aventures au cœur des métiers de partage, il avait 24 ans. En tant que journaliste d’abord -formation oblige-   sa passion pour l’écriture, l’art et la photo le menèrent ensuite vers le métier de réalisateur.

 « Je suis entré dans un monde nouveau. Un Monde fascinant dans lequel  je suis persuadé de ne jamais maitriser l’entièreté. J’ai beau toucher à tous les métiers gravitant autour, chaque jour m’en apprend d’avantage. C’est de la que vient la magie, cet espace encore vierge où beaucoup reste à appréhender. Cela en fait le plus beau métier du monde. A chaque nouveau voyage, à chaque nouvelle expérience, je réalise la magnificence de ce qui vient de se passer. Et à chaque fois, je me fais la promesse de partager cela en 92minutes.»

Il est de ceux qui transposent l’humanité en images. Ces images faisant le lien entre une vie à l’autre bout de la terre, et la nôtre tranquillement installée dans un fauteuil de cinéma. Ces vies singulières deviennent source de matière infinie. Grâce à sa caméra, il capte des instants non régis par les lois universelles. Il tente d’exhumer le mystère caché en chacun. Son dévolu s’est dernièrement jeté sur le personnage de Suraj Baba. Ce sadhû -homme saint hindou- a renoncé aux biens terrestres pour se consacrer entièrement à la recherche de la vérité. La rencontre des deux mondes vaut le détour.

Nous sommes en 2010, l’appel du voyage commence à nouveau à le tirailler. Cette fois, l’aura mystique de l’inde fut la plus forte.

« Pendant les trois premiers mois, j’ai visité le pays à la recherche de l’étincelle pouvant allumer la poudre de ma caméra. C’est non loin des sources du Gange, soit à plus de 3000 mètres d’altitude qu’elle a eu lieu. J’y fis la rencontre de Suraj, un sacré personnage -dans tous les sens du terme. J’ai tout de suite senti avoir approché un homme vivant le tournant de sa vie mais la flamme mit longtemps à s’allumer. Durant les trois premiers mois passés en sa compagnie, je n’ai jamais sorti ma caméra. Il n’a d’ailleurs commencé à me parler qu’au bout du quatrième. » 

Alors si vous êtes aussi forts en maths que moi, vous réalisez soudain que 6 mois se sont écoulés. Là, vous commencez à saisir la base du cinéma de Gaël. Cette volonté de donner du temps au temps afin d’obtenir l’authenticité la plus pure. Durant tout l’interview il n’a d’ailleurs eu de cesse de ponctuer ses phrases de « Tu vois ? Tu comprends ? N’est-ce pas ? ». Non pas pour me dédouaner d’une certaine candeur, mais plutôt pour appuyer sa volonté de vulgariser la sensibilité dont il baigne ses films.

« Pour celui-là, je voulais découvrir la Kumba Mêla-KM, ayant lieu tous les 12 ans. Mais je ne voulais pas y aller pour errer à la recherche d’images. Les thèmes comme la KM ont plutôt un statut de background pour une histoire tout autre. Celle d’une vie, celle de Suraj. Pourtant ce n’était pas gagné d’avance, loin s’en faut. Il m’avait à peine décoché trois mots -l’habitude de discuter l’avait quitté en restant huit ans seul dans sa grotte- alors savoir s’il allait à la KM …
Un jour, j’ai chamboulé son quotidien en lui faisant savoir qu’il était temps pour moi de partir à la KM en tant que réalisateur, sous entendant que la solitude redeviendrait son amie. Sa réponse fut
le début de notre périple cinématographique. Et ce n’était pas rien. Passer de son nombril, sa quête, son isolement, aux 70 millions de pèlerins de la KM. Rien n’était plus excitant pour l’occidental que j’étais »

Gaël nous offre ici la base de ses documentaires. Chaque histoire ne peut être écrite à l’avance puisqu’il ne s’agit ni plus ni moins de la vie elle-même, imprévisible et mystérieuse, avec au centre les relations humaines, source intarissable d’émotions. Mais il semblait mal parti avec son sage ermite et presque aphone.
 Un épisode du film me revient d’ailleurs en mémoire. Suraj joue de la guitare dans un bar à Katmandou, après quelques verres et une chanson, il n’arrive plus à parler, ses propos sont hachés, détachés. Sa sérénité semble l’avoir abandonné. On découvre ainsi sa rencontre avec lui-même, celle d’un être humain à la recherche du sens de la vie confronté à ses turpitudes. Torturé par des questions philosophiques. Une belle désacralisation.
Et puis toutes les questions ont-elles une réponse ? Gaël m’assure que oui, au grand oui chacun peut trouver SA propre réponse. Il m’avoue que si chaque histoire n’est pas écrite, pas organisée, pas scénarisée, elle possède néanmoins un fil conducteur. Chacun de ses voyages est une quête, une aventure à la poursuite d’une réponse. SA réponse. En l’occurrence, il se demandait si la vie dépouillée menée par les Sâdhu apportait plus de paix ? A vous de savourer sa réponse pendant les 92 minutes que dure ce film: Sâdhu

« Pour moi faire un film c’est comme être dans un supermarché. Tu remplis ton caddie de tous tes produits préférés. Puis de retour à la maison, tu te demandes «  qu’est-ce que je vais cuisiner de bon ? » Vient alors une période de réflexion et de tri intense dans tes emplettes. Étonnamment, ces deux étapes ont presque la même durée. SI bien que pour un an et demi de tournage j’ai presque deux ans de travail pour arriver au produit fini. J’adore faire la popote hein ! Mais entre le montage, le mixage, l’étalonnage, le découpage, l’assemblage, cette deuxième étape est chronophage. Si bien qu’avoir monté une minute de film par jour est une victoire incroyable. Et puis c’est éreintant d’être toujours pleins de doutes alors que pendant le tournage tu es actif. Ce film devient ton quotidien : tu en rêves, tu en manges, tu en vis.
Combien faut-il de bières, de cafés, de discussions, de nuits blanches, avant d’en être satisfait…  »

Bon, encore un peu de maths ici : il faut quatre ans au film avant d’être projetable. Leçon numéro une : pour Gaël «  le temps n’a pas d’importance, seule la vie est importante » – Le cinquième élément. Il refuse ainsi les contraintes temporelles et financières depuis le début de sa carrière de réalisateur.

Si bien qu’à chaque départ, il ne sait jamais quand il reviendra : « 6 mois, 6 ans, ça ne change rien pour moi. Je pars, je vis, je reviens, je crée et puis je partage. Je partage ces films dont le succès est dû à l’offre et la demande. Ce genre de film est rare. Et par genre, j’entends film non tourné, monté, et projeté en 6 mois. Du coup, il arrive tel un ovni dans un milieu où il y a peu de compétition. Beaucoup de personnes s’étonnent ainsi de la durée nécessaire : Tu vois ce que je veux dire ? »

Oui je vois, je vois très bien même. Ainsi, l’essence de la beauté de ces films vient du temps alloué à la vie. Un doute plane à chaque instant. On sent la vie, les émotions, les sensations, les hésitations, les déviations, les intersections.
Et en un sens c’est rassurant de se dire que ces zigzags sont le lot de tout le monde. Surtout celui d’un homme dont la vie est rythmée par d’improbables aventures.

« Ma vie est très simple malgré ce que l’on pourrait croire. Jusqu’à cette année, je ne possédais ni voiture, ni chez moi. Mais c’est celle que j’ai choisie et je ne vais pas passer mes journées voire son entièreté à m’en plaindre ou à rêver d’une autre. J’ai fait mon choix, basta. Je ne peux pas avoir les libertés d’un cinéaste réalisateur indépendant tout en demandant le salaire d’une personne travaillant à la télé. Il faut accepter les avantages et les inconvénients du mode de vie que l’on choisit. On a une chance inouïe d’être occidentaux. Cela m’étonnerait fortement qu’un indien puisse choisir le métier qu’il souhaite ou en changer s’il ne lui plaît pas. C’est une réalité trop vite oubliée à mon avis. Avis selon lequel avec du courage, de la détermination, du travail et une foi sans borne en la vie : tout est à notre portée. Ah, j’oubliais une valeur essentielle : le temps. D’ailleurs tout le monde pourrait partir 18 mois. Tout le monde peut, mais tout le monde ne veut pas : c’est un choix. 
Et puis qui sait si dans 5 ans je n’aurais pas envie de tout envoyer valdinguer pour aller élever des chèvres avec les nomades?»
Très lucide le bonhomme.

Un bonhomme friand du partage. Ce partage singulier offrant à son cinéma un moyen direct de nous transporter dans des contrées émotionnelles inconnues. Des plaines verdoyantes gorgées de soleil, aux sommets enneigés en passant par le jeu de bouzkachi –jeu de l’attrape chèvre. Un shot de sensations artificielles est mis à notre disposition. C’est un cadeau que Gaël nous fait. Il nous offre le temps que nous ne prenons pas, trop occupés à courir après des études, un métier, une vie de famille. Ces mois passés à la découverte d’un monde nouveau sont empaquetés, condensés en 92 minutes à vous faire pleurer, sans rire.
Un voyage à travers le temps et l’espace qui, tant que l’être humain sera capable de ressentir l’émotion, viendra nous saisir aux tripes, dans notre substantielle moelle. De la joie de voir ces retrouvailles, de l’empathie pour ces Sâdhus se considérant au-dessus de Souraj, de la compassion lorsqu’il se perd, se cherche et se trouve à nouveau. Un magnifique voyage des sens est à notre porté, encore faut-il que nous prenions le temps de nous accorder ce temps.

 

 

-écrit par Lola Colombier

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